L’abandon de poste et ses conséquences sur le droit au chômage

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écrit par Christelle

Christelle, spécialiste en communication, promeut une publicité plus inclusive et équitable, redéfinissant les normes du secteur

L’abandon de poste est une situation délicate qui peut avoir des conséquences importantes sur les droits au chômage d’un salarié. Depuis la réforme de 2023, les règles ont considérablement changé, transformant ce qui était autrefois une stratégie pour obtenir un licenciement en une situation désormais assimilée à une démission.

Définition et caractérisation de l’abandon de poste

L’abandon de poste désigne une absence injustifiée d’un salarié à son poste de travail. Il s’agit d’une situation où le salarié cesse volontairement de se présenter à son travail sans justification valable et sans avoir obtenu l’autorisation préalable de son employeur.

Cette situation peut concerner tous les types de contrats, qu’il s’agisse d’un CDI ou d’un CDD. Le salarié peut abandonner son poste à n’importe quel moment de la relation de travail.

Situations qui ne constituent pas un abandon de poste

Il est important de distinguer l’abandon de poste d’autres situations légitimes d’absence :

  • L’exercice du droit de retrait face à un danger grave et imminent
  • La participation à une grève légale
  • La consultation d’un médecin justifiée par l’état de santé du salarié
  • Le refus d’une modification du contrat de travail imposée par l’employeur sans l’accord du salarié
  • Le refus d’exécuter une mission contraire à la loi

Dans ces cas précis, même si le salarié s’absente sans autorisation explicite, l’employeur ne peut pas qualifier cette absence d’abandon de poste.

La nouvelle législation sur l’abandon de poste

La loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 a profondément modifié le traitement juridique de l’abandon de poste en créant l’article L. 1237-1-1 dans le Code du travail. Cette réforme, entrée en vigueur le 19 avril 2023, a instauré une présomption de démission pour les salariés qui abandonnent volontairement leur poste.

Conditions de la présomption de démission

Pour que l’abandon de poste soit présumé comme une démission, deux conditions cumulatives doivent être remplies :

  1. Le salarié doit avoir abandonné volontairement son poste de travail
  2. Le salarié n’a pas repris son travail après avoir été mis en demeure de justifier son absence et de reprendre son poste

La mise en demeure doit être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. L’employeur doit fixer un délai pour que le salarié reprenne son travail, ce délai ne pouvant pas être inférieur à 15 jours (incluant les week-ends et jours fériés).

Procédures à suivre en cas d’abandon de poste

Pour le salarié

Lorsqu’un salarié ne se présente plus à son travail sans justification, il doit savoir que :

  • Son contrat de travail est considéré comme suspendu
  • Il ne perçoit pas de salaire pendant cette période
  • Un délai de 48 heures est généralement appliqué pour justifier une absence

Si le salarié a des motifs légitimes pour son absence, il doit les communiquer à son employeur dans les plus brefs délais pour éviter que son absence soit qualifiée d’abandon de poste.

Pour l’employeur

Face à une absence non justifiée, l’employeur doit suivre une procédure précise :

  1. Envoyer une mise en demeure au salarié par lettre recommandée avec accusé de réception
  2. Demander au salarié de reprendre son travail ou d’expliquer son absence
  3. Fixer un délai de reprise qui ne peut être inférieur à 15 jours
  4. À l’issue de ce délai, si le salarié ne s’est pas manifesté, l’employeur peut :
    • Faire valoir la présomption de démission
    • Ou engager une procédure de licenciement s’il le préfère
Voir  Axes d’amélioration professionnelle : cultiver son potentiel, soigner sa progression

Impact sur les droits au chômage

Avant la réforme de 2023

Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, l’abandon de poste pouvait constituer une stratégie pour obtenir un licenciement et ainsi bénéficier des allocations chômage. En effet :

  • L’abandon de poste conduisait généralement à un licenciement pour faute grave
  • Ce licenciement, même pour faute grave, ouvrait droit aux allocations chômage
  • Le salarié était considéré comme involontairement privé d’emploi

Après la réforme de 2023

La situation a radicalement changé depuis la réforme :

  • L’abandon de poste est désormais présumé être une démission
  • Une démission ne donne pas droit, en principe, aux allocations chômage
  • Le salarié est considéré comme ayant volontairement quitté son emploi

Cette réforme vise explicitement à mettre fin à la pratique consistant à abandonner son poste pour obtenir un licenciement et bénéficier des allocations chômage.

Tableau comparatif des conséquences sur le chômage

Situation Avant la réforme Après la réforme
Abandon de poste Licenciement pour faute grave Présomption de démission
Droit aux allocations chômage Oui Non (sauf exceptions)
Statut du salarié Involontairement privé d’emploi Volontairement privé d’emploi
Charge de la preuve À l’employeur de prouver la faute Au salarié de prouver un motif légitime

Solutions pour percevoir le chômage après un abandon de poste

Malgré la présomption de démission, il existe des voies de recours pour le salarié qui souhaiterait bénéficier des allocations chômage après un abandon de poste.

Contester la présomption de démission

Le salarié présumé démissionnaire peut saisir le Conseil de prud’hommes pour contester la nature de la rupture de son contrat de travail. Pour ce faire :

  • Il doit invoquer un motif légitime pour son absence
  • La contestation doit être faite dans le délai imparti par l’employeur dans la mise en demeure
  • L’affaire est directement portée devant le bureau de jugement

Le Conseil de prud’hommes doit statuer dans un délai d’un mois à compter de sa saisine. Il peut alors :

  • Confirmer qu’il s’agit bien d’une démission
  • Ou requalifier la rupture en licenciement, ouvrant ainsi droit aux allocations chômage

La prise d’acte de la rupture du contrat de travail

Une autre option consiste à effectuer une prise d’acte de la rupture du contrat de travail. Cette démarche permet au salarié de rompre son contrat en imputant cette rupture à l’employeur lorsque ce dernier a commis des manquements suffisamment graves.

Pour que cette prise d’acte soit requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié doit prouver que le comportement de son employeur rendait impossible la poursuite de la relation de travail. Par exemple :

  • Cas de harcèlement moral ou sexuel
  • Non-paiement des salaires
  • Violation grave des obligations contractuelles par l’employeur

Si le juge considère que les griefs invoqués sont suffisamment graves, la prise d’acte produira les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit aux allocations chômage.

Cas particuliers et démissions légitimes

Certaines démissions sont considérées comme légitimes par France Travail (anciennement Pôle Emploi) et peuvent ouvrir droit aux allocations chômage. Ces situations pourraient être invoquées par un salarié ayant abandonné son poste pour justifier son absence :

  • Démission pour suivre un conjoint qui change de lieu de résidence pour un nouvel emploi
  • Démission suite à un mariage ou PACS entraînant un changement de lieu de résidence
  • Démission pour s’occuper d’un enfant handicapé admis dans une structure d’accueil éloignée
  • Démission d’un salarié victime d’actes délictueux dans le cadre de son contrat de travail
  • Démission pour création ou reprise d’entreprise (sous certaines conditions)
Voir  La COTOREP : un tremplin vers l'autonomie et l'emploi

Ces motifs, s’ils sont reconnus par le juge, peuvent permettre de renverser la présomption de démission et d’ouvrir droit aux allocations chômage.

Conseils pratiques

Pour les salariés

Si vous envisagez de quitter votre emploi, l’abandon de poste n’est plus une stratégie recommandée pour bénéficier des allocations chômage. Privilégiez plutôt :

  • La rupture conventionnelle, qui permet une rupture à l’amiable du contrat de travail tout en ouvrant droit aux allocations chômage
  • La démission légitime, si votre situation correspond à l’un des cas reconnus par France Travail
  • La démission pour reconversion professionnelle, qui peut, sous certaines conditions, ouvrir droit aux allocations chômage

Si vous êtes déjà en situation d’abandon de poste, essayez de :

  • Justifier votre absence si vous avez un motif légitime
  • Reprendre contact avec votre employeur pour trouver une solution
  • Consulter un avocat spécialisé en droit du travail pour évaluer vos options

Pour les employeurs

Face à un abandon de poste, vous avez désormais le choix entre :

  • Faire valoir la présomption de démission, ce qui vous évite la procédure de licenciement
  • Engager une procédure de licenciement pour faute grave, si vous préférez cette option

La présomption de démission présente plusieurs avantages :

  • Vous fixez vous-même le délai de reprise (minimum 15 jours)
  • Vous n’avez pas à mettre en œuvre la procédure disciplinaire de licenciement
  • Le risque de requalification par le juge est moindre si vous respectez la procédure

A retenir

La réforme de 2023 a profondément modifié le traitement juridique de l’abandon de poste, en instaurant une présomption de démission qui prive, en principe, le salarié des allocations chômage. Cette évolution législative vise à mettre fin à une pratique qui permettait d’obtenir un licenciement et de bénéficier des allocations chômage sans véritable motif légitime.

Toutefois, des voies de recours existent pour les salariés qui auraient des motifs légitimes d’absence. La contestation devant le Conseil de prud’hommes ou la prise d’acte de la rupture du contrat de travail peuvent, dans certains cas, permettre de renverser cette présomption et d’ouvrir droit aux allocations chômage.

Dans tous les cas, il est recommandé de privilégier le dialogue et les solutions négociées, comme la rupture conventionnelle, qui offrent davantage de sécurité juridique tant pour le salarié que pour l’employeur.

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Catégories RH
Les Lionnes